J'ai fait comme elle m'a dit

J
Pascal Thiriet

J'ai fait comme elle m'a dit

France (2013) – Jigal (2013)


Un dealer détroussé par sa maîtresse se lance à sa poursuite afin de récupérer son bien. Il est accompagné de deux tueurs professionnels dont les motivations semblent autres. La jeune femme embarque dans sa folle fuite un ami d'enfance, lui aussi ancien amant, incapable de lui résister.

Prenez Sahaa, minuscule Vietnamienne 100% chipie, dominatrice, folle de cul, prête à devenir riche par la grâce d'un amoureux sexagénaire et défuncté. Adjoignez-lui Pierre, Arabo-Corse jaloux qu'elle mène par la queue, gros bras pour des promoteurs immobiliers et improbable midinette. Sortez-les tous les deux de la cour du collège où ils se sont rencontrés quinze ans auparavant sans l'avoir vraiment quitté depuis et lancez-les sur les routes d'Europe. Vous voilà au cœur de J'ai fait comme elle m'a dit.

Trois amis ont découvert un procédé (ou un composant mystérieux) susceptible de changer la face du monde. Ils ont enfermé leur secret dans un coffre en Suisse et celui-ci ne peut être ouvert qu'avec une bio-clé, c'est-à-dire la reconnaissance simultanée de plusieurs dizaines de caractéristiques génétiques d'une personne. Maîtresse de l'un des inventeurs, Sahaa est devenue l'une de ces clés, ce qui explique sans doute la présence sur ses talons de deux tueurs adeptes de la torture par appareil électrique (de cuisine ou de bricolage, ils ne sont pas secteurs... pardon, sectaires).

Ce qui intéresse surtout la donzelle, c'est l'assurance-vie que lui a laissée son papa gâteau (dans le cercle des inventeurs, on commence à mourir beaucoup et d'étrange façon). D'où la cavalcade à travers l'Europe flanquée de son chevalier servant qu'elle appelle sa “ dame de compagnie ”. Une grande partie de l'efficacité du roman dépend de ce couple plutôt dérangé, où Pierre est malmené, humilié, terrorisé, aimanté, manipulé, cajolé, tout cela parfois dans le même paragraphe, par cette espèce de bombe thermonucléaire qu'est Sahaa.

Pascal Thiriet a pris le parti de traiter cette course-poursuite mâtinée de chasse au trésor sur un mode humoristique et macabre soutenu. J'ai fait comme elle m'a dit est plutôt réussi, même si l'avalanche de situations tordues et paroxystiques, de phrases et de bons mots (souvent excellents), de running gags peut entraîner une lassitude par effet de trop-plein.

Dans cette espèce de folie, les aventures du couple infernal sont finalement très cohérentes. J'ai fait comme elle m'a dit ne crépite pas comme du Tim Dorsey, mais Pascal Thiriet a pondu un premier roman qui permet de passer un moment de lecture plutôt défoulant. Dans la froideur de l'hiver, c'est appréciable.

Chroniqué par Philippe Cottet le 02/03/2013



Illustration de cette page : François Hadji-Lazaro chantant Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Remords et tristes pets des VRP (1999)